Textes
29 décembre 2011
De Karen Blixen à «Sept contes divers»
À propos de Sept contes divers. Quand Jean-Claude Issenmann rend visite à Jean Liermier en 2010, c’est pour lui présenter un projet. Le projet ne se fera pas mais l’histoire ne se termine pas là.
Intrigué par le personnage, son parcours, ses multiples créations (dont les célébrissimes Babibouchettes), Jean Liermier lui propose d’obliquer vers un autre spectacle : une création pour les fêtes de Noël où la vie des gens entre dans le théâtre, dont ils ressortent la tête heureuse et les idées fraîches ; peut-être, une adaptation de La vie est belle, ce film de Frank Capra (1946) popularisé par des décennies de diffusions au moment des fêtes de fin d’année. Le spectacle devra pouvoir se jouer longtemps et impliquera une distribution réduite (trois comédiens). Mais le jeu de ricochet continue : Issenmann en vient à parler de Karen Blixen, la grande auteur danoise (1885-1962), dont le génie s’est épanoui dans une quarantaine de contes. Cette femme étonnante, tout d’abord propriétaire d’une ferme au Kenya – une expérience difficile, dont elle rapporte le recueil de souvenirs La Ferme africaine, rendu mondialement connu en 1985 grâce au film de Sydney Pollack Out of Africa –, écrivit ensuite de nombreuses histoires brèves : Sept contes gothiques, Contes d’hiver, Anecdotes du destin… Dans ce dernier recueil figure Le Dîner de Babette, lui aussi popularisé par le cinéma (Le Festin de Babette de Gabriel Axel, 1987).

Karen Blixen (DR)
Le temps et les idées avançant dans l’esprit d’Issenmann, Karen Blixen s’éloigne de plus en plus et le spectacle prend son autonomie. D’une adaptation de contes de Blixen nommée Contes divers, il devient une pièce structurée en sept parties, sept histoires écrites par Jean-Claude Issenmann lui-même. Blixen apparaît à la fin du spectacle, mais n’en est plus l’inspiratrice directe. Mais si elle s’est effacée, son esprit domine le spectacle grâce à une citation lue par l’un des personnages : « Oui, le conte prend le plus souvent son inspiration dans un fait réel de la vie réelle, quelque chose de vécu, mais dans le conte ce fait réel peut se déguiser jusqu’à n’être plus reconnaissable, et aussi la chose vécue n’est pas toujours très précise dans les souvenirs de l’auteur. Pour le conte, dès le début j’adopte une ligne générale que je ne pourrais trahir mais naturellement d’autres idées vont s’ajouter et aussi des détails qui n’étaient pas là au commencement. » C’est bien l’esprit qui émane des contes de Blixen – une limite floue entre le réel et le fantastique, un mystère souvent inexpliqué, et aussi un humour corrosif – qu’on retrouve dans les Sept contes divers de Jean-Claude Issenmann.
Spectacle pour les fêtes : désormais, c’est autour d’elles que tout tourne. On parle sapins, Pères Noël, anges, guirlandes… Thèmes classiques, mais l’imagination du créateur gamberge : de nouvelles références ont fait leur apparition, issues notamment du cinéma, créant, autour de ces thèmes, une matière riche et originale. Au départ d’une scène (d’un « conte »), une situation courante, réaliste ; par l’effet d’un événement, d’une rencontre ou autre, la situation bascule dans l’absurde ou l’onirique. L’environnement – tout en lignes nettes et en couleurs claires – participe de ce basculement : c’est dans un monde autre, mais très proche de nous, que se situe Sept contes divers. Exemple : un couple s’apprête à mettre en place le sapin de Noël que le mari vient d’acheter. Problème : le sapin est trop haut pour l’appartement. Solution : percer un trou dans le plafond et glisser le haut du sapin à travers le plancher de l’appartement du dessus ! Le mari, par courtoisie, monte chez ses voisins afin de leur demander la permission de faire cette petite opération. Il fait alors connaissance avec un couple étrange, des botanistes finnois vivant au XIXe siècle… Vous avez dit onirique ?
Florent Lézat


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