Scènes

11 novembre 2011

« Sept contes divers », une création de A à Z

À propos de Sept contes divers. Dans le jargon des théâtres, on a l’habitude de nommer « création » tout spectacle qui, même s’il part d’une pièce déjà écrite, fait l’objet d’une nouvelle mise en scène. Plus que cela, Sept contes divers est une véritable création de A à Z : il s’agit d’un nouveau texte, écrit par Jean-Claude Issenmann qui signe aussi la scénographie. Un texte bien mystérieux qui parle cadeaux, supermarché, Noël, Karen Blixen, sapin de Nordmann Laissons-lui le soin de nous présenter sa création, impatiemment attendue pour le 6 décembre prochain, salle Gérard-Carrat.

Faire entrer la ville dans le théâtre : ses bruits, ses lumières et ses habitants. Imaginer un spectacle dont la matière serait prélevée dans les tracas de saison. Pas les problèmes planétaires ni les soucis conjoncturels qui affolent les actualités mais ceux, quotidiens (et perçus comme rituels), qu’on perpétue par plaisir gourmand ou par obligation supposée à chaque fin d’année.

Le décor, la scène, les fauteuils bleus rappellent qu’on est au théâtre mais le théâtre ce soir est une rue animée où ils sont trois, les bras chargés de cabas, de sacs et de paquets. Ils reviennent de la ville où ils travaillent dans un lieu très fréquenté à l’approche des fêtes.

Jean-Claude Issenmann. DR

Ils sont plutôt joyeux bien qu’exténués. Ils parlent de leur journée interminable, plaisantent encore sur le pas de la porte et chacun rentre chez soi. Il y a du réveillon au menu.

Ensuite ces trois personnes, qui sont, ne l’oublions pas, deux comédiennes et un comédien, vont vivre la nuit agitée des Sept contes divers.

Sept histoires d’aujourd’hui, qui s’assemblent et se mélangent dans les rêves imbriqués de multiples personnages. Sept contes d’hiver qui se passent en cette période froide et lumineuse qu’on appelle « les fêtes ». Un temps propice aux émerveillements et aux questionnements de l’enfance revisitée, comme aux coups de déprime liée aux angoisses premières du soleil qui s’en va.

Des histoires construites avec des produits de saison : le sapin, des cadeaux, des Pères Noël, le tram qui passe, la foule hypnotisée, les magasins scintillants, la rue glissante, une dinde un peu sèche. Un collage qui découpe ses éléments dans des souvenirs de lecture, des impressions d’images, des ambiances sonores.

Un spectacle qui pose des questions essentielles et apporte de réponses inattendues et très utiles : pourquoi n’a-t-on pas toujours reçu le cadeau souhaité, pourquoi certaines histoires sont-elles à dormir debout, quel est le sexe des anges, comment partager un sapin avec son voisin, vaut-il mieux faire ses achats chez tut-tut-tut ou à la tut, comment rater le dernier tram, à quoi sert la lumière dans le frigo, se coller des ailes dans le dos suffit-il pour s’envoler ? et qui est tante Olga ?

Le ton est à la comédie – mais pas toujours –, les dialogues sont comme des bulles, les portes s’ouvrent et se referment, les personnages entrent et sortent, se croisent, s’inversent, s’aiment et s’échangent, se disputent en vers, se balancent de jardin à cour. On joue au train, au poker, au cinéma, on croit presque au Père Noël.

Karen Blixen, lointaine inspiratrice de cette production sur mesure, a écrit les Contes d’hiver et Sept contes gothiques. Très étonnée par le spectacle, mais enthousiaste, elle apparaît à la fin dans un décor improbable, elle qui déclarait lors d’un de ses derniers entretiens : « Oui le conte prend le plus souvent son inspiration dans un fait réel de la vie réelle, quelque chose de vécu, mais dans le conte ce fait réel peut se déguiser jusqu’à n’être plus reconnaissable et aussi la chose vécue n’est pas toujours très précise dans les souvenirs de l’auteur. Pour le conte dès le début j’adopte une ligne générale que je ne pourrais trahir mais naturellement d’autres idées vont s’ajouter et aussi des détails qui n’étaient pas là au commencement. Mais je connais la fin. »

Cette année comme chaque année il y aura « les fêtes », mais « la » fête cette année sera dans la petite salle du Théâtre de Carouge, là où la ville rejoint sept contes divers.

Jean-Claude Issenmann

0saves
Si vous avez apprécié cet article, merci de laisser un commentaire ou souscrivez à notre flux RSS pour recevoir automatiquement les prochains articles.

Commentaires

Désolé, les commentaires sont fermés.




Ajouter un commentaire

* champs obligatoires

En envoyant un commentaire vous acceptez que "L'envers du décor" puisse reproduire vos mots, votre site, votre nom. Les commentaires innapropriés seront effacés sans avis préalable.