Journal de bord

31 janvier 2011

Harold et Maude

Bérangère Gros est l’assistante de Jean Liermier.  Depuis  le 17 janvier, elle suit avec minutie les répétitions d’Harold et Maude qui se jouera, salle François-Simon, du 1er au 19 mars 2011. Pour L’envers du décor, elle tient le journal de bord de cette création très attendue.

Semaines 4 et 5 : le plateau de la grande salle ou comment amadouer ce nouvel espace

Il s’agit là de longues journées d’intense mise en ordre.
On ressent la grande excitation du plateau et son gouffre.
Tout devient caduc, équivoque et possiblement autre.
On reconstruit, on repense les lieux, les espaces, les dedans/dehors.
Surtout s’impose le conte ; vite, efficacement et sans délais.
Jean est sphinx.
Il scrute les rouages de cet étrange « machine » qui exige une certaine inspiration à la rencontre.
Rentrent en jeu les costumes définitifs, les masques et les maquillages.
On cherche et cherche encore.
Comme souvent on démantèle et on recompose pour aller chercher au plus juste de l’enjeu et de la relation.
La contrainte technique décale un tout petit peu la rencontre avec les comédiens ; ils participent de l’attente de ce que sera ce nouvel ensemble. On sent bien qu’une singulière alchimie agit comme malgré nous.
Cette fugace impatience rappelle l’urgence et l’excitation à rendre compte de la force sous-jacente de cette comédie : ne pas perdre le conte, encore moins l’humour.

Semaine 3 : le regard s’intensifie

Au-delà du découpage de la pièce et de l’ordonnancement des scènes et des séquences nous approchons le récit à l’endroit de son véritable sujet.
Jean veille à ce que les intentions s’enracinent dans le champ de leur situation originelle, ce qui conduit à interroger et à appréhender chacune des répliques entre Harold et Maude sous le jour de l’assertion fondatrice : « C’est merveilleux la vie. (…/…) Et ce qu’il y a de plus merveilleux, c’est qu’elle ne dure pas toujours. »
Une densité nouvelle jaillit. Chaque événement inscrit alors le parcours des personnages dans un autre mode d’existence, sans pour autant quitter l’humour et la dérision inhérents aux situations, ni même perdre le profond optimisme de Maude.

Les questions des ultimes missions de Maude, celles de la relation à l’initiation et à la qualité de l’échange dans la rencontre, se font entendre et invitent à épaissir un peu. Une toute nouvelle résonance du texte commence à  nous cueillir et des liens se tissent.
Plus que jamais les mots lancés en pâture induisent de nombreux possibles : aux comédiens de s’en dépatouiller, à nous de regarder et de voir ce qui survit au jeu.
L’arrivée prochaine sur le plateau laisse envisager un nouveau tremplin.
On approche de cette date ; on la retient un peu.

Semaine 2 : d’autres approches

Un planning plus morcelé, moins progressif, où de nouvelles scènes sont abordées. On attaque l’acte II, on revient à l’acte I, on repasse par le II puis le I. Tout se mélange un peu sans laisser s’imposer de cohérence.
Journées de recherches où l’on sent que les tentatives de la première semaine s’inscrivent dans un processus de création, fondamentalement en cours. Jean, sans crier gare, nous invite dans son monde où tout bouge ; où seul le sens de l’enjeu et de la situation théâtrale a sa réalité.
Il nous propose de le suivre, sans fléchage ; à l’endroit du nerf. Fascinant temps où l’on s’approche sans s’apprivoiser.
Temps de théâtre pur où ni l’espace ni les précédentes mises en place n’imposent l’évidence d’un acquis. On interroge et on questionne. On cherche et expérimente des voix, des corps, des possibilités de tempérament et de jeux ; on efface, on reprend, on invente encore et on laisse mûrir.
Tout est possible et rien n’est figé. La contrainte viendra bien assez tôt. Il s’agit pour l’heure d’entendre ce qui se dit.

Première semaine de répétitions

Lectures à la table, un peu. Discussions autour des scènes, des personnages, des enjeux et des intentions. On a bel et bien commencé, comme pris dans un grand mouvement de tentatives et d’essais…
En même temps, on est totalement « dedans », comme si cet état de recherche permettait de poser des articulations solides. Là, une première couche, un premier passage rapide des scènes de l’acte I. Jean me disait : « On va dégrossir rapidement ». Ce temps me semble tout de même bel et bien détaillé ; à la rencontre des trésors du texte : on cherche le jeu.
Ce sont aussi les premières journées avec les masques de répétition ; des masques qui sont si loin de ce que devra être leur forme définitive. Certains traits de tempérament par trop définis gênent la progression des personnages. Aussi, on gomme les artifices et on patine les peaux, on s’invente apprentis coiffeurs et on modifie les volumes des perruques : tout se met en place pour accompagner au mieux la répétition.
Cette semaine est celle de grandes libertés où le texte  se distille : on arpente et on découvre.

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