Edito
7 février 2011
Monsieur chasse !
C’est un Feydeau quelque peu méconnu que nous vous proposons en ce début d’année. Pourtant, Monsieur chasse ! n’a rien à envier aux autres succès de cet auteur. Une galerie de personnages dont l’humanité touchante se révèle derrière les faux-semblants qu’ils s’échinent à construire, une succession de situations de plus en plus enchevêtrées, des dialogues étincelants par leur esprit, leur humour et leur vérité : Monsieur chasse !, avec ces ingrédients, fait mouche et nous invite à une soirée d’un comique de haute voltige.
Pour monter ce texte détonnant, j’ai fait appel à Robert Sandoz, jeune metteur en scène neuchâtelois. Son beau Kafka sur le rivage d’après Murakami a été récemment très remarqué, et avant cela, sa mise en scène de La Servante, texte fleuve d’Olivier Py qu’il a par ailleurs assisté. Dans nos murs, Robert Sandoz n’était pas un inconnu : assistant d’Hervé Loichemol pour Candide en 2009, mon propre assistant pour L’Ecole des femmes la saison passée, j’ai eu l’occasion d’apprécier sa vision claire et structurée des choses, son travail fin et précis.
Le Théâtre de Carouge-Atelier de Genève doit, en tant qu’institution, contribuer à former la relève et lui réserver une place dans sa programmation. Tendre la main à quelqu’un comme Robert Sandoz, c’est croire que de jeunes talents, encore peu connus hors de Suisse romande, peuvent s’affermir sur un grand plateau et gagner en force. C’est aussi croire qu’un regard jeune peut se poser sur Feydeau, auteur essentiel mais parfois méprisé. En effet, le comique présent chez Feydeau peut facilement mener à un jeu cabotin et ressassé dans une certaine tradition théâtrale ; mais la folie qui infuse ce théâtre aux franges de l’absurde doit se chercher à partir de l’histoire racontée, non du comique qui y est à l’œuvre. Si l’on prend l’histoire au sérieux – en faisant confiance à l’auteur, somme toute, – le comique surgit, immanquablement, sans masquer cette folie et tout le reste qui fait de ce théâtre l’un des jalons du répertoire. Robert Sandoz m’a semblé être celui qui pouvait relever ce défi. À vous d’en juger !
Jean Liermier


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