Textes

3 novembre 2010

Genèse d’un OTNI

À propos des Spectacteurs. La création des Spectacteurs, vrai Objet Théâtral Non Identifié, a suivi un processus particulier : au lieu de partir d’une œuvre préexistante, les comédiens – réunis par cooptation – ont tout d’abord longuement travaillé à la table en se penchant sur toute sorte de textes.

Un, puis deux, puis trois, puis quatre, puis cinq, puis six : c’est par cooptation que la troupe des Spectacteurs s’est formée en 2008. Philippe Morand, choisi par Jean Liermier pour mettre ce spectacle sur pied, a demandé à Mauro Bellucci de travailler avec lui ; ce duo a ensuite sollicité Doris Ittig, et ainsi de suite jusqu’à compter en outre parmi eux Thierry Jorand, Cédric Dorier et Selvi Purro.

Pour sa première année à la tête du Carouge, Jean Liermier désirait fortement un spectacle qui parle de théâtre par le théâtre, pour introduire à cet art – sous le plus de facettes possible – les élèves du secondaire. Des contacts ont été pris avec la commission théâtre du cycle d’orientation (CTCO), qui ont abouti à un accord permettant de mettre sur pied ce qui allait devenir Les Spectacteurs.

Il s’agissait donc de créer pour les élèves un spectacle qui parle du théâtre sous tous ses aspects : mise en scène, vie des comédiens, répertoire, histoire, etc. Le défi consistait à proposer une pièce qui ne fasse preuve d’aucun didactisme. Et pour corser le tout, il fallait aussi que le spectacle convienne à un public plus âgé, voire adulte. Comment s’en tirer ?

Un long travail à la table

Tout, dans ce spectacle, est parti des comédiens – là réside le point central qui a permis de donner réalité à cette gageure. En effet, la période de répétitions a été précédée de plusieurs semaines d’élaboration, sur la base d’une note d’intentions – comme une feuille de route – établie par Philippe Morand. Réflexions communes, discussions autour du projet, lectures de nombreuses scènes, de textes théoriques apportés par les membres de l’équipe, ont fourni une ample matière. Le travail à la table a donc représenté une part très importante de cette entrée en matière, mais les comédiens improvisaient aussi en solo ou en commun sur des thèmes qu’ils se proposaient d’aborder dans le spectacle. Ainsi, en faisant du théâtre, les comédiens donnaient forme à ce spectacle sur le théâtre. Une structure s’est dégagée : des sections plus importantes – sur la mise en scène (scène de La Mouette), sur l’art de raconter (scène des ombres chinoises), sur l’émotion au théâtre (scène du cimetière)… – entrecoupées de « champignons », de scénettes non écrites en guise de « bord de scène » pour amener une transition (les deux comédiennes s’habillant et évoquant les coutumes héritées de l’époque de Molière, par exemple). Et puis, en septembre 2008, le spectacle a été créé, à la fois immuable dans sa structure et son propos, et sans cesse différent par la dose subtile d’improvisation qu’il comporte, par le fort lien avec la salle, aussi, qu’il entretient. Les comédiens ont relevé le défi : élèves, enseignants et public ont plébiscité Les Spectacteurs.

Florent Lézat

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