Souvenirs
20 décembre 2010
Nu aux yeux de tous
Peut-être avez vous déjà fait ce rêve.
Vous êtes à votre lieu de travail et tout en discutant avec un collègue, vous réalisez que vous n’avez pas de pantalons, que vous êtes sans jupes.
Nu(e) aux yeux de tous.
J’ai vécu ce moment. Non pas en rêve, mais dans la vrais vie, celle où l’on nous demande d’être éveillé.
Le public s’est installé, dans un petit théâtre à Fribourg. Tout allait bien.
Noir salle. Nous nous sommes installés sur scène dans l’obscurité. Tout allait bien.
Les fesses sur ma chaise de musicien, je me suis mis à chanter alors que la lumière apparaissait très lentement. Comme prévu.
Ambiance intimiste, atmosphère délicate.
Puis je me suis retourné et j’ai réalisé… que tout allait mal.
J’avais mon slip, mon pantalon, ma chemise et mes chaussures. Mais mon violon était nu. À côté de moi, sans archet.
Si vous saviez la honte que j’ai eue. Le coup de sang dans mes tempes.
Un violoniste n’oublie jamais son archet et surtout pas sur un siège du public, en fond de la salle.
Je me suis senti comme un joueur de tennis sans sa raquette, qui réalise son oubli après le premier engagement.
La suite s’est passée sous le signe de la honte avec le masque du comédien qui feint l’assurance.
J’ai descendu les petites marches qui menaient à la salle, laissant mon amie Susi jouer de l’accordéon seule sur scène.
Désemparée et sans explications.
J’ai traversé le public avec une prière tout intérieur et j’ai remercié les dieux d’avoir laissé mon archet sur sa chaise.
Exactement là où je l’avais déposé pour m’accorder.
Olivier Gabus

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