Souvenirs

16 décembre 2010

Des hommes et des tournevis

Nous sommes en 2004. Je m’occupe du sulfureux dossier du conflit des intermittents du spectacle. Je suis à ce titre invité à une réunion de travail avec le ministre de la culture Renaud Donnedieu de Vabres. Parmi nous, se trouve Jack Ralite, sénateur, ancien ministre de la santé de François Mitterrand, grand spécialiste des questions culturelles et défenseur des artistes et techniciens.

Lors de nos prises de paroles, nous nous complétons, je m’en fais un allié. Nous sommes invités à rester déjeuner au ministère et tout naturellement, je m’assois à coté de Jack. J’engage alors la discussion sur les années Mitterrand. Il me parle de ses nombreuses conversations passionnées dans le bureau du président à l’Elysée sur ses livres et auteurs préférés.

Je lui demande alors quel est son plus beau souvenir. Il me dit : « Oh, mon voyage en URSS. Mitterrand m’avait emmené dans ses bagages. Au programme, il y avait la visite de Baïkonour, l’endroit où sont construites et partent les fusées. Un français, Jean-Loup Chrétien, allait faire partie de la prochaine expédition Soyouz. Nous entrons donc dans l’usine de fabrication, et là, je vois des gars en bleu de travail, avec un tournevis à la main, qui travaillent sur ces engins. Eh bien, à ce moment là, je me suis dit que je ne m’étais pas trompé sur le combat de toute ma vie. Oui, même dans ce temple de la technologie, tout plein d’ordinateurs et d’électronique, la main de l’homme est irremplaçable ! »

Il en avait encore les larmes aux yeux, et moi aussi.

Grâce à Jack Ralite et ses fusées, j’ai véritablement pu formuler mon amour pour le spectacle vivant.

C’est entre autre pour cela que j’aime tant le théâtre. Quoi que l’on puisse inventer, quelles que soient les nouvelles formes de scénographies au service desquelles la technologie est parfois convoquée, les techniciens et les acteurs sont irremplaçables dans leurs présences réelles. Sans quoi, nous ne sommes plus au théâtre avec le risque de tous les possibles là et maintenant, mais à la télévision ou au cinéma.

Samuel Churin

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Cet article a été déposé par Samuel Churin.


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